Le Cantique des Cantiques
Traduction de Patrick Yossef Calamusa
extrait du Grand livre du Cantique des Cantiques
aux éditions Albin Michel
Chapitre I
1
Chant des chants de Salomon.
2
Qu'il me baise des baisers de sa bouche...car tes amours sont meilleures que le vin.
3
Au parfum tes huiles sont bonnes ; en huile, ton nom se répand, c'est pourquoi les jeunes filles t'aiment.
4
Attire-moi, courons après toi ! Le roi m'a fait venir à ses chambres, dansons et réjouissons-nous en toi ! Évoquons tes amours plus que le vin ! Elles t'aiment sincèrement.
5
Je suis noire et désirable, filles de Jérusalem, comme les tentes de Qédar, comme les tentures de Salomon.
6
Ne me regardez pas, car je suis noirâtre, car le soleil m'a dévisagée ; les fils de ma mère se sont enflammés contre moi, ils m'ont placée gardienne des vignes. Ma vigne à moi, je ne l'ai pas gardée.
7
Raconte-moi, toi qu'aime ma vie, comment fais-tu paître, comment fais-tu reposer à midi ? Oui, pourquoi serais-je comme voilée près des troupeaux de tes compagnons ?
8
Si tu ne le sais, Belle parmi les femmes, sors sur les traces des ovins et pais tes chevreaux près des demeures des bergers.
9
A ma jument, parmi les chars de Pharaon, je te compare mon amie.
10
Tes joues sont désirables dans les boucles, ton cou dans les bijoux ciselés.
11
Nous te ferons des boucles d'or avec des points d'argent.
12
Jusqu'à ce que le roi soit dans sa ronde, mon nard a donné son parfum.
13
Mon amour est pour moi un sachet de myrrhe, il passe la nuit entre mes seins.
14
Mon amour est pour moi une grappe de cypre, dans les vignes de 'Ein-Guédi.
15
Que tu es belle mon amie, que tu es belle, tes yeux sont des colombes !
16
Que tu es beau mon amour, agréable aussi, et notre couche est fraîcheur !
17
Les poutres de nos maisons sont des cèdres, nos lambris des cyprès.
Chapitre II
1
Je suis le jeune lys de Saron, le lys des profondeurs.
2
Comme un lys entre les épines, telle est mon amie entre les filles.
3
Comme un pommier parmi les arbres de la forêt, tel est mon amour entre les fils. Dans son ombre j'ai désiré et me suis assise, et son fruit est doux à mon palais.
4
Il m'a fait venir à la maison du vin et son étendard sur moi, c'est l'amour.
5
Soutenez-moi avec des gâteaux sacrés, ranimez-moi avec des pommes, car je suis malade d'amour.
6
Sa gauche est sous ma tête et sa droite m'enlace.
7
Je vous adjure, filles de Jérusalem, par les biches ou par les gazelles des campagnes, n'éveillez pas, ne réveillez pas l'amour avant qu'elle le désire !
8
La voix de mon amour... Le voici qui vient, sautant sur les montagnes, bondissant sur les collines !
9
Mon amour répond et me dit : "Lève-toi mon amie, ma belle, et marche !"
11
Car voici, l'hiver est passé, la pluie a cessé, s'en est allée.
12
Les fleurs paraissent sur la terre, arrive le temps de chanter, et la tourterelle roucoule sur notre terre.
13
Le figuier embaume ses figues et les vignes en fleurs donnent leur parfum. Lève-toi mon amie, ma belle, et marche !
14
Ma colombe dans le creux du rocher, cachée dans les prises de la paroi, fais-moi voir ton visage, fais-moi entendre ta voix, car ta voix est douce et ton visage est désirable.
15
Attrapez pour nous les renards, les petits renards qui gâtent les vignes, pendant que nos vignes sont en fleurs.
16
Mon amour est à moi et je suis à lui, le berger dans les lys.
17
Jusqu'à ce que le jour souffle et que les ombres fuient, retourne ! Sois semblable, mon amour, à la gazelle ou au faon des cerfs, sur les monts de la séparation.
Chapitre III
1
Sur ma couche dans les nuits, j'ai cherché celui qu'aime ma vie ; je l'ai cherché et ne l'ai pas trouvé.
2
Je me lèverai donc, et ferai la ronde dans la ville, les places, les rues. Je chercherai celui qu'aime ma vie. Je l'ai cherché, et ne l'ai pas trouvé.
3
Les gardes m'ont trouvée, ceux qui font la ronde dans la ville : "Avez-vous vu celui qu'aime ma vie ?"
4
A peine les avais-je dépassés, que j'ai trouvé celui qu'aime ma vie ; je l'ai saisi et ne le lâcherai pas avant de le faire venir dans la maison de ma mère, et dans la chambre de celle qui m'a portée.
5
Je vous adjure, filles de Jérusalem, par les gazelles ou par les biches des campagnes, n'éveillez pas, ne réveillez pas l'amour avant qu'elle le désire !
6
Qui est celle-ci qui monte du désert, comme une colonne de fumée, où brûlent la myrrhe et l'encens, toutes les poudres du marchand ?
7
Voici le lit de Salomon : soixante braves parmi les braves d'Israël l'entourent.
8
Tous épris du glaive, éduqués à la guerre, chacun son glaive sur la hanche, car la terreur est dans les nuits.
9
Le roi Salomon s'est fait un palanquin des arbres du Liban.
10
Il a fait ses colonnes en argent, sa tenture en or, son siège en pourpre ; au milieu est une mosaïque d'amour des filles de Jérusalem.
11
Sortez et voyez, filles de Sion, le roi Salomon, la couronne dont sa mère l'a couronné, le jour de ses noces et le jour de la joie de son cœur !
Chapitre IV
1
Que tu es belle mon amie, que tu es belle, tes yeux sont des colombes au travers de tes nattes. Ta chevelure est comme un troupeau de chèvres qui ondule du mont Guil'ad.
2
Tes dents sont comme un troupeau de brebis tondues remontées du bain, toutes vont par paire et nulle n'est solitaire.
3
Comme un fil d'écarlate sont tes lèvres et ton verbe est désirable ; comme une tranche de grenade est ta tempe, au travers de tes nattes.
4
Ton cou est comme la tour de David, bâtie pour les trophées ; mille boucliers y sont suspendus, toutes les armures des braves.
5
Tes deux seins sont comme deux faons jumeaux d'une gazelle, qui paissent parmi les lys.
6
Jusqu'à ce que le jour souffle et que les ombres fuient, je m'en irai vers la montagne de la myrrhe et vers la colline de l'encens.
7
Tu es toute belle, mon amie et tu es immaculée.
8
Avec moi du Liban, ô épouse, avec moi du Liban tu viendras. Tu chanteras de la cime de l'Amana, de la cime du Chenir et du 'Hermon, des repaires des lions, des montagnes des léopards.
9
Tu m'as touché au cœur, ma sœur-épouse, tu m'as touché au cœur par un seul de tes regards, par un seul serrement de ta gorge !
10
Quelles sont belles tes tendresses, ma sœur-épouse, combien meilleures que le vin ! et le parfum de tes huiles meilleures que tous les aromates.
11
Tes lèvres distillent le miel fluide, le miel et le lait sont sous ta langue et le parfum de tes vêtements est comme le parfum du Liban.
12
Un jardin clos est ma sœur-épouse, une onde close, une source scellée.
13
Ton exubérance forme un paradis de grenadiers, avec des fruits sublimes, des cypres avec des nards.
14
Le nard, le crocus, la cannelle et la cinnamome, avec tous les arbres à encens ; la myrrhe et l'aloès avec tous les aromates les plus fins.
15
Source des jardins, puits d'eaux vives et ruisselantes du Liban !
16
Éveille-toi vent du nord, et entre vent du sud ! Fais respirer mon jardin, que ruisselle ses aromates ! Mon amour viendra dans son jardin et en mangera les fruits sublimes.
Chapitre V
1
Je suis venu dans mon jardin, ma sœur-épouse, j'ai cueilli ma myrrhe avec mon aromate, j'ai mangé mon rayon avec mon miel, j'ai bu mon vin avec mon lait. Mangez, amis, buvez et enivrez-vous, amours !
2
Je dors mais mon cœur veille...La voix de mon amour qui frappe: "Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, ma parfaite ! Car ma tête est pleine de rosée et mes boucles des gouttes de la nuit.
3
J'ai déposé ma tunique, comment la remettrais-je ? J'ai baigné mes pieds, comment les salirais-je ?
4
Mon amour a étendu sa main par l'ouverture et mes entrailles se sont émues pour lui.
5
Je me suis levée pour ouvrir à mon amour et mes mains ont distillé la myrrhe et mes doigts la myrrhe fluante sur la poignée du verrou.
6
J'ai ouvert à mon amour, mais mon amour s'était retiré, il avait disparu. Ma vie s'est révélée quand il parlait. Je l'ai cherché et ne l'ai pas trouvé, je l'ai appelé et il n'a pas répondu.
7
Les gardiens, ceux qui font la ronde dans la ville, m'ont trouvée ; ils m'ont frappée, blessée, ils ont retiré mon voile, les gardiens des remparts !
8
Je vous adjure, filles de Jérusalem, si vous trouvez mon amour, que lui conterez-vous ? Que je suis malade d'amour.
9
Qu'est-il de plus qu'un autre , ton amour, Belle entre les femmes, qu'est-il de plus, pour qu'ainsi tu nous adjures ?
10
Mon amour est éclatant et rouge, dressé sur dix-mille.
11
Sa tête est d'or pur, ses boucles pendent, noires comme le corbeau.
12
Ses yeux sont comme des colombes au bord d'eaux impétueuses, baignant dans le lait, demeurant en plénitude.
13
Ses joues sont comme un parterre d'aromates, tours de parfums; ses lèvres sont des lys, distillant la myrrhe fluante.
14
Ses mains font des cercles d'or emplis d'émeraude ; ses entrailles ont le poli de l'ivoire, couvert de saphirs.
15
Ses cuisses sont des colonnes de marbre, fondées sur des bases d'or pur ; son aspect est comme le Liban, distingué comme les cèdres.
16
Son palais est douceur, et lui tout entier, désir. Voici mon amour, et voici mon ami, filles de Jérusalem.
Chapitre VI
1
Où est parti ton amour, Belle entre les femmes, où se dirige ton amour ? Nous le chercherons avec toi.
2
Mon amour est descendu dans son jardin aux parterres d'aromates, pour paître dans les jardins et cueillir des lys.
3
Je suis à mon amour et mon amour est à moi, lui, le berger dans les lys.
4
Tu es belle mon amie, comme Tirtsa, désirable comme Jérusalem, redoutable comme les étendards.
5
Détourne tes yeux de moi, car ils me donnent le vertige ! Ta chevelure est comme un troupeau de chèvres qui ondule du Guil'ad.
6
Tes dents sont comme un troupeau de brebis remontées du bain, toutes, vont par paires, et nulle n'est solitaire.
7
Comme une tranche de grenade est ta tempe, au travers de tes nattes.
8
Soixante sont les reines et quatre-vingts les concubines ; les jeunes filles sans nombre.
9
Ma colombe, ma parfaite est unique, elle est unique pour sa mère, pure pour celle qui l'a enfantée. Les filles l'ont vue et l'ont dite bienheureuse ; les reines et les concubines, elles, l'ont louée.
10
Qui est celle-ci qui s'élève comme l'aurore, belle comme la lune, pure comme le soleil, redoutable comme les étendards?
11
Au jardin des noyers, je suis descendu pour voir les jeunes pousses du torrent, pour voir si la vigne s'épanouit, si les grenadiers fleurissent.
12
Je ne sais pas...ma vie m'a donné place ; il y a des chars, mon peuple est noble !
Chapitre VII
1
Reviens, reviens la Sulamith, reviens, reviens et nous verrons par toi ! Que verrez-vous par la Sulamith ? Comme la danse des deux camps.
2
Qu'ils sont beaux tes pas dans les sandales, fille noble ! Le contour de tes hanches est comme un vase, œuvre des mains d'un artiste.
3
Ta féminité est la coupe de la lune : que la liqueur n'y manque pas ! Ton ventre est un monceau de froment, environné de lys.
4
Tes deux seins sont comme deux faons, jumeaux d'une gazelle.
5
Ton cou est comme une tour d'ivoire, tes yeux sont les piscines de 'Hechbone près de la porte de Bath Rabbim. Ton nez est comme la tour du Liban, surveillant Damas.
6
Ta tête, sur toi, est comme le Carmel et l'humilité de ta tête, semblable à la pourpre ; un roi est pris dans le flux.
7
Que tu es belle et que tu es douce, amour, pendant les délices.
8
Te voici debout, tu ressembles au palmier et tes seins à des grappes. J'ai dit :: "Je monterai sur le palmier me tenant à ses aspérités".
9
Que donc soient tes seins comme les grappes de la vigne, et le parfum de ton nez comme celui des pommes.
10
Et ton palais comme le bon vin...qui glisse vers mon amour avec sincérité et fait murmurer les lèvres des dormants.
11
Je suis à mon amour et sur moi se porte son désir.
12
Marche mon amour, sortons à la campagne ! Nous passerons la nuit dans les villages.
13
Tôt, nous irons dans les champs, nous verrons si la vigne est éclose, épanouie, si les grenadiers fleurissent. Là, je te donnerai mes amours.
14
Les mandragores ont donné leur parfum, et sur nos portes sont tous les fruits sublimes, les nouveaux et même les anciens. Mon amour, je les ai préservés pour toi.
Chapitre VIII
1
Qui te donnera comme mon frère, nourri au seins de ma mère ? Te trouverais-je dehors, je t'embrasserais et l'on ne me mépriserait pas.
2
Je te conduirais, je te ferais venir à la maison de ma mère, tu m'enseignerais ; je te ferais boire du vin aromatisé, du jus de mon grenadier.
3
Sa gauche est sous ma tête et sa droite m'enlace.
4
Je vous adjure, filles de Jérusalem, pourquoi éveiller, pourquoi réveiller l'amour avant qu'elle le désire ?
5
Qui est celle-ci qui monte du désert, appuyée sur son amour? Sous le pommier je t'ai réveillé, là, ta mère t'a conçu, là, elle a conçu et t'a enfanté.
6
Pose-moi comme le sceau sur ton cœur, comme le sceau sur ton bras, car l'amour est fort comme la mort, la passion inflexible comme l'enfer, ses brûlures sont des brûlures de feu, une flamme de hy (YAH).
7
Les grandes eaux ne pourraient éteindre l'amour et les fleuves ne le submergeraient pas. Si un homme donnait tous les biens de sa maison par amour, oui, on le mépriserait.
8
Notre sœur est petite et n'a pas de seins ; que ferons-nous à notre sœur, le jour où l'on parlera d'elle ?
9
Si elle est un rempart, nous bâtirons sur elle une enceinte d'argent et si elle est une porte, nous presserons sur elle une table de cèdre.
10
Je suis un rempart et mes seins sont comme les tours ; alors je suis à ses yeux, celle qui trouve la paix.
11
Salomon avait une vigne à Ba'al Hamone ; il donna la vigne aux gardiens, chacun apportait par son fruit mille pièces d'argent.
12
Ma vigne est devant moi ; les milles sont pour toi Salomon, et deux cents à ceux qui en gardent le fruit.
13
Toi qui demeures dans les jardins, des amis prêtent l'oreille à ta voix, fais la moi entendre !
14
Fuis mon amour ! Et sois semblable à la gazelle ou au faon des cerfs sur les monts des aromates.
CHAPITRE INTER LINEAIRE 6